St-Denis et Beaubien : l’histoire du quartier de l’Ovarium

On se rend à l’Ovarium pour se détendre, pour régénérer son corps courbaturé. Tout autour bourdonnent nombre de personnes qui vont et viennent au coin sud-est des rues St-Denis et Beaubien, un carrefour fort fréquenté. Comment cela se passait-il avant l’ouverture de l’établissement, il y a 11 ans? Quand ce quartier est-il né, comment s’est-il développé? Voici un résumé de plus d’un siècle d’histoire.

Source : Par le passé du présent Montréal – Flickr

Naissance de la rue St-Denis

La rue Saint-Denis a été tracée en 1818, sur un terrain acquis du célèbre Louis-Joseph Papineau (1786-1871) et de sa tante Périne-Charles Cherrier, veuve de Denis Viger (1741-1805) dont un autre neveu, Jacques Viger fut le premier maire de Montréal. Prolongée à plusieurs reprises, cette rue s’est développée progressivement après la construction de la première église Saint-Jacques de Montréal en 1836, en face du square Pasteur.  Elle a porté les noms de rue Albert, rue Fénélon, rue Berri et  Montée du Zouave. Avant la fin du XIXe siècle, elle avait rejoint la terrasse de la rue Sherbrooke.

Au milieu du XIXe siècle, cette rue résidentielle bordée d’arbres était habitée par plusieurs représentants de l’élite canadienne-française. Elle poursuivra son expansion vers le Nord grâce à l’exploitation de gisements de calcaire, dès 1780, autour de la sinueuse rue des Carrières et par l’arrivée du tramway Millen, mis en service par la Montreal Park and Island en 1893.

Artère de prestige

Dans les années qui ont suivi l’arrivée du tramway, la société immobilière Boulevard Saint-Denis achète la terre de la famille Comte pour la diviser en lots. La rue Saint-Denis forme l’artère de prestige au centre du lotissement envisagé : elle est plus large que les autres et ses terrains, desservis à l’arrière par une ruelle, sont plus profonds qu’ailleurs. Signe de son importance, c’est sur la rue Saint-Denis, à l’angle de la rue Beaubien, juste au sud du secteur, qu’on prévoit édifier l’église. La paroisse Saint-Édouard est donc fondée en 1895 et elle compte alors une centaine de familles dispersées sur ce territoire en développement. En 1903, la construction du pont ferroviaire du Canadien Pacifique facilite encore la circulation vers le nord.

La rue St-Denis coin Rosemont. On peut apercevoir l’église St-Édouard à droite vers le Nord. 1915. Source : Par le passé du présent Montréal – Flickr

Ainsi, le peuplement de la rue Saint-Denis a véritablement commencé au XXe siècle, dès le début des années 1910. Au nord de la rue Beaubien, on trouve à ce moment, quelques ensembles de maisons. La section comprise entre Saint-Zotique et Bélanger accueille alors quelques séries de maisons principalement du côté ouest. L’église de la paroisse de Saint-Édouard (1901-1909) polarise un vieux noyau de peuplement qui déploie ses bâtiments scolaires et institutionnels dans son voisinage immédiat.

En 1914, l’établissement des montréalais ne se répand pas au-delà de la rue Bélanger. Les immeubles de cette époque ont souvent des façades de pierre agrémentées, notamment, de corniches et de parapets ouvragés.

La voie du Canadien Pacifique

Le développement du quartier Saint-Édouard reprend après la Première Guerre mondiale (1914-18) et se poursuit jusqu’à la fin des années ‘20. Au sud de la rue Bélanger, tous les lots sont graduellement comblés par de nouvelles séries de maisons bifamiliales et surtout multifamiliales, comme en témoignent les enfilades de triplex. Le revêtement le plus populaire, la brique, domine le paysage urbain et nombre de façades présentent ce matériau en deux couleurs. Les vitraux comptent aussi comme un autre élément décoratif, accentuant le caractère prestigieux de la rue Saint-Denis par rapport aux rues avoisinantes.

Dans les années 1920-1930, la partie sud, à proximité de la voie du Canadien Pacifique, est plutôt industrielle, avec notamment la présence d’un important garage de tramways, puis d’autobus. La rue traverse l’ancienne municipalité de Villeray (1896-1905). Elle fait partie des arrondissements de Rosemont-La Petite-Patrie et de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension.

Montréal, rue Saint-Denis vers le nord, angle Bellechasse. Année1953, au loin les clochers de la paroisse Saint-Édouard. Source : Par le passé du présent Montréal – Flickr

La population

À cette hauteur, le quartier se développe rapidement pendant l’entre-deux-guerres (1918-39). Notons que quelques institutions ont marqué cette partie de la rue. Avant son déménagement en 1957, l’Hôpital Sainte-Justine a été situé entre la rue Bellechasse et le boulevard Rosemont. Son emplacement est par la suite, et encore, réutilisé par le Ministère de la Justice du Québec.

Longtemps, sa population sera d’origine canadienne-française. Toutefois, vers la fin du XXe siècle, plusieurs autres communautés, notamment d’origine vietnamienne, s’y installent, principalement dans le secteur de la rue Jean-Talon. Ce segment a surtout une fonction résidentielle, bien que plusieurs commerces et bureaux s’y trouvent. Les immeubles sont généralement des maisons en rangée de trois étages, dont la façade est en brique.

Avril 1955,  rue St-Denis coin Beaubien, vue du coté ouest. Le dépanneur Couche-Tard a remplacé le garage Esso  de l’époque. Source : Par le passé du présent Montréal – Flickr

7e art

D’autres bâtiments témoignent d’une période faste dans la diffusion du 7e art à Montréal. Les aînés se souviendront des cinémas de quartier dont Le Château construit en 1931 sur la rue Saint-Denis, le Rivoli (1926) à proximité de la rue Bélanger, ou encore le Crémazie (1947) plus au nord. À la hauteur de la rue Jean-Talon, la rue Saint-Denis jouxte la Petite Italie et son marché Jean-Talon, très populaire auprès des Montréalais de toute origine et de tous âges.

Bien avant que l'Ovarium s'installe au coin des rues Beaubien et St-Denis en mars 2000 ... Photo de la banque Laurentienne en 1976 gracieusement fourni le service des archives de la ville de Montréal.

Photo de la Banque Laurentienne en 1976, bien avant que l’Ovarium s’installe au coin des rues Beaubien et St-Denis en mars 2000 … (Source : Service des archives de la ville de Montréal.)

21e siècle

Aujourd’hui, la rue Saint-Denis (aussi désignée route 335) s’étend de l’arrondissement de Ville-Marie, face à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, à l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. À partir de son extrémité sud, elle traverse l’arrondissement de Ville-Marie dont elle est la voie principale, puis l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal dont elle est une importante rue commerciale, et l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, tout près du marché Jean-Talon. Elle traverse finalement les arrondissements de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et d’Ahuntsic-Cartierville jusqu’à la Rivière-des-Prairies.

Dans la partie supérieure du boulevard Rosemont, on y trouve principalement des résidences, plusieurs commerces, dont des fruiteries et des restaurants vietnamiens et bien sûr, des bureaux professionnels. C’est certainement l’une des plus belles artères de Montréal.

Serge Daigneault

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Source :

L’histoire des grandes rues montréalaises

Rue Saint-Denis (Wikipédia)

Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal

À VOIR ABSOLUMENT!

La collection de photos historiques de la page de Par le passé du présent Montréal sur Flickr d’où proviennent les photos de cet article. En voici un exemple étonnant :

Voici la ferme BAGG sur lequel est maintenant érigé le Parc Jarry. Au haut de la photo : Le Mont-Royal. Entre les deux : la nature… Cela se passait en 1894. Source : Par le passé du présent Montréal – Flickr

Église Saint Édouard à l’angle des rues Beaubien et Saint-Denis en 1928